avril 15, 2024
Mes réflexions à partir de La Bible

Psaume 32 (1)

Psaume 32, verset 8 :

Je te montrerai la voie que tu dois suivre. Je t’instruirai et te montrerai la voie que tu dois suivre. Je te conseillerai, j’aurai le regard sur toi.

Voilà bien des années que ce texte adressé au psalmiste m’a été donné tandis que nous nous apprêtions à partir à travers le désert pour répondre à l’appel reçu pour la mission au Tchad.

Après avoir déposé ce projet dans la prière devant Dieu, l’avoir soumis à la décision des anciens de notre église, nous avions reçu leur approbation et toutes les portes se sont ouvertes de façons diverses mais toutes aussi extraordinaires que la « mesure de folie » du projet lui-même.

Tandis que nous traversions le Sahara, les difficultés n’ont pas manqué, l’adversité et la déception étaient notre nourriture quotidienne, et nous nous accrochions à la certitude d’être là, à notre place, allant vers ce qui était LA VOIE que Dieu nous avait montrée.

Après plusieurs jours de routes caillouteuses, de pistes ensablées, de soif et de désappointement, nous sommes arrivés à l’étape la plus attendue : celle d’Agadès où la famille Viviès nous attendait pour y passer les fêtes de Noël. Nous avions pris du retard, Noël était passé mais c’est avec une grande joie que nous avons vu se profiler les murs des maisons carrées aux toits plats de cette petite ville, après les centaines de kilomètres désertiques et inhabitées. Le contraste était manifeste : nos véhicules furent précédés, entourés et poursuivis par une nuée d’enfants criant, riant et dansant de joie en nous accompagnant jusqu’à la maison de nos amis.

Après les salutations d’usage, les présentations et la délectation d’un verre d’eau fraîche, chacun a eu le privilège de pouvoir prendre une douche ce qui eu pour résultat que nos hôtes ne  reconnaissaient plus qui était qui, à cause du sable (et des jours sans douche) qui, tel un masque nous avait donné un aspect uniforme voilant la couleur de nos cheveux et masquant nos traits… ébahis, les Viviès découvrirent notre équipe formée d’un français, d’une allemande, d’une hollandaise, d’un suédois, d’un espagnol et de la petite suissesse que j’étais… Le désert nous avait-il fourni le masque adéquat pour nous permettre de traverser les bourrasques de sable giflant nos visages tout aussi bien qu’il séchait nos larmes, masquant nos yeux rougis par la colère ou la tristesse ? Ah… les masques… combien avons-nous été habitués (formés peut-être) à les porter, devenus habiles pour les entretenir et ne rien laisser percevoir de nos émotions… (?)… Certes la douche fraîche et bienvenue avait pu nous défaire de la teinte uniforme de l’équipe formée de « serviteurs de Dieu en herbe »… prêts à affronter tous les combats spirituels inimaginables… mais confrontés aux bombardements charnels de nos caractères, auxquels nous n’avions pas été préparés ! Et ce n’est certainement pas la plus merveilleuse douche qui aurait pu nous débarrasser des stigmates déjà inscrites dans nos cœurs désillusionnés !

Mais c’est avec joie que nous avons assisté à une réunion où quelques africains s’étaient joints à nous, pour prier et écouter la Parole de Dieu. La présence de Dieu était palpable et tellement rafraîchissante !

J’étais là devant le Seigneur, envahie de sentiments de joie d’être là sur ce sol africain que j’aimais tant, mêlés à la tristesse soulevée par un « pourquoi » muet, face aux aspects négatifs vécus dans cette première partie de voyage qui aurait dû être – à mes yeux – une extraordinaire aventure parsemée de joie, de découverte et d’accomplissement de ce qui avait été préparé durant les mois écoulés… Et c’est ce moment-là que DIEU choisit de mettre sur les lèvres de Madame Viviès des paroles prophétiques, dont je serais bien incapable de rapporter chaque mot précis, après ces 40 années écoulées, mais dont les grandes lignes étaient : « j’ai vu tes larmes, j’ai entendu tes questions, mais ne crains pas … je te montrerai la voie que tu dois suivre… »…

Et là… franchement j’ai carrément rien compris ! J’éclatai en pleurs et m’écriai intérieurement « Comment… Seigneur ?… Ne sommes-nous pas déjàsur la voie que tu nous as montrée ? Ne roulons-nous pas maintenant en direction du lieu que tu as préparé pour nous ? Où est donc cette voie à suivre, si ce n’est pas celle sur laquelle nous avançons depuis plus d’un mois ?…

Pourquoi là… en plein cœur du désert… d’où nous allions repartir vers l’Est, finir de traverser le Niger, atteindre le Nigéria puis le Cameroun avant d’arriver au Sud du Tchad où nous étions attendus selon « la voie qui’IL nous avait montrée »… ?????

Comment comprendre une telle contradiction lorsque nous « marchons en plein sur cette voie montrée par Dieu » ???

Lorsque nous avions entrepris ce voyage, nous n’étions pas à l’ère des GPS et les cartes routières, qui devaient nous emmener d’étape en étape avant d’arriver à destination remplissaient l’avant de notre 4L. « Trouver la voie » était LE SUJET de conversation quotidien, voire même notre but d’heure en heure… Nous apprenions comment nous diriger sur des routes non tracées, à suivre des « bornes » kilométriques invisibles à l’œil nu car détruites par le temps ou effacée par le sable… L’idée même de « suivre la voie » était le thème majeur de cette épopée et, jusque là, nous ne nous en étions pas trop mal tirés, à l’exception de quelques heures d’angoisse vécues au sein d’une tempête de sable durant laquelle nous avions faillit perdre notre chemin…

Alors oui, la notion de « suivre la voie que DIEU nous avait indiquée » avait un réel sens, profond, authentique tant au propre qu’au figuré…

Et … comment comprendre cette parole venant d’une femme de Dieu, qui ne savait rien de nos doutes, de nos déceptions et de nos craintes… COMMENT consolider notre assurance sur cette route non seulement parsemée d’embûches matérielles mais également morales, émotionnelles et maintenant spirituelles avec une telle exhortation, qui ressemblait à une invitation ou du moins à la préparation d’un « changement de voie à suivre »… ?

Devions-nous rebrousser chemin ?

Devions-nous rester ici et attendre le prochain « poteau indicateur » ?

Devions-nous poursuivre et ouvrir nos yeux sur les prochains carrefours où se présenteraient d’autres alternatives ?

Que de questions restées sans réponse en cette fin décembre 1968… avec lesquelles nous avons repris la piste, toujours convaincus de devoir continuer mais de moins en moins convaincus de ce qui allait nous « attendre au prochain virage »…

Nous avons passé la nuit du nouvel ’an au bord de la piste, sans pouvoir faire autre chose que planter notre campement en restant « ancrés » aux traces de ceux qui étaient passés par là avant nous, de peur de ne plus savoir dans quel sens rouler quand le jour sera levé sur la nouvelle année.

Des traces ?… oui de simples traces de pneus à suivre… un marquage au sol prêt à s’estomper au prochain vent…

Nous avons bien essayé de jouer un peu, de rire, de chanter et de nous réjouir de ce passage à la nouvelle année loin des festivités ordinaires de nos contemporains… Mais  le cœur n’y était pas… le feu de camp éteint, nous regardions l’horizon de ce désert immense et voilà que nous avons assisté à quelque chose qui m’a marquée :

Au loin, nous distinguions des lumières qui se suivaient, telle une file de voitures roulant sur une piste parallèle… mais dans cette région aucune autre piste n’était signalée… Pour en ajouter à nos craintes, ces lumières faisaient des aller et retour, parfois dans notre direction, parfois à l’opposé et encore de droite et de gauche… Craignant qu’il ne s’agisse d’un groupe perdu, nous avons brandi nos lampes dans leur direction pour leur signaler notre présence… Nous avons crié, hurlé, allumé les phares de nos 2 véhicules jusqu’à la limite de nous retrouver nous-mêmes en panne de batterie (ce qui n’est pas recommandable dans le désert)… Sans succès !

Ces lumières ont continué de briller un peu, puis semblant s’éloigner, comme fondues dans la nuit … et plus rien… Dans la nuit du désert il est impossible d’évaluer les distances qui nous séparent… nous avons alors prié pour ces personnes espérant qu’elles aient rejoint une autre piste, car elles semblaient vraiment chercher « la voie à suivre »… un peu comme nous (!)

En 1968, les pistes sahariennes n’étaient pas goudronnées. Plusieurs zones ensablées étaient dangereuses si l’on s’en éloignait ne serait-ce que d’un jet de pierre de la piste. Seuls les routiers d’Algérie, du Maroc et de Tunisie savent traverser le Sahara en se guidant d’après les étoiles, d’étape en étape. Nous en avons rencontrés qui n’avaient de cesse de nous mettre en garde de ne pas sortir des pistes en précisant que dans le cas de gros vents, mieux valait nous arrêter et attendre que le calme revienne.

Trouver sa voie… suivre cette voie… obéir aux indications… respecter nos limites et notre incapacité à  se diriger sur un terrain parfois hostile… voilà bien tout le thème de ce voyage… et tandis que nous étions convaincus d’être là où IL nous avait destinés, DIEU a choisi ce lieu géographiquement si « flou » pour nous redire :

« Je te montrerai la voie que tu dois suivre »

C’est merveilleux, c’est extraordinaire, c’est limpide et clair quant à son intention de prendre en mains nos vies, de nous rendre dépendants de lui…. Ah oui, ce sont bien là nos exclamations APRES… lorsque les années ont passé… lorsque les voies à suivre se sont succédées… mais sur le moment, là sur le fait, face à ce désert soufflé par un sable inconstant… DIEU nous parle au milieu de nulle part, d’une voie à suivre dans la mouvance du sable qui représentait si bien celle de nos émotions !

A l’étape suivante nous avons essayé de savoir si une équipe avait suivit une autre trace… RIEN… aucune information sur ces véhicules venus de nulle part et disparus on ne sait où. Par contre le récit de toute une équipe de touristes européens s’étant perdus dans cette zone quelques mois plus tôt et dont plus personne n’a eu de nouvelles, nous avait profondément choqués… il était difficile de fermer les yeux dans les nuits suivantes, sans scruter cet horizon étoilé mais hostile pour celui qui s’est égaré !

Depuis ces longues années cet épisode de ma vie remonte à ma mémoire et aujourd’hui en le décrivant pour la seconde fois, je suis aussi bouleversée qu’en cette nuit du 31 décembre 1968 au 1er janvier 1969… Que sont-ils devenus ? Ont-ils trouvés leur voie ? Sont-ils morts perdus dans le désert comme d’autres avant eux ? Aurions-nous pu les sauver ? Que n’avons-nous su faire qui aurait pu les secourir ? N’étaient-ils que des aventuriers habitués à ce genre de vagabondage hasardeux et sont-ils tout simplement arrivés à rejoindre la piste ? Autant de questions qui resteront sans réponse…

Mais… que de questions semblables pouvons-nous nous poser à propos de « nous-mêmes » ? Suis-je encore en train d’errer au hasard de mes envies, de mon gré et de mes idées ? Ou… ai-je rejoint la voie que DIEU voulait me montrer ? Certes, perdue, je ne le suis pas… mais sur quelle piste ai-je débouché ? A partir de quel moment la promesse de DIEU s’est-elle accomplie pour ma vie ? Suis-je certaine de l’avoir atteinte ? Ou est-ce que je la cherche encore parfois à tâtons dans la nuit, alors éclairée à la Lumière de la Parole de DIEU ?

Seigneur, montre-moi la Voie que tu veux que je suive… !

N’est-ce pas là une prière que nous formulons parfois comme si elle était définitive ?

N’est-ce pas là un vœu empreint d’une sorte de magie pour nous rassurer d’être bien à notre place ?

N’est-ce pas là surtout une prière de dépendance QUOTIDIENNE que je devrais formuler chaque matin afin d’être certaine de mettre chaque pas devant l’autre, selon SA volonté ?…

« Je te montrerai la voie que tu dois suivre »

Dieu promet. Dieu agit si nous le laissons faire.

Suis-je prête à entrer dans cette voie dont je ne sais encore rien ?

Mardi 27 janvier 2009 /mb

6 réflexions sur “Psaume 32 (1)

  • Henry

    Merci, ma femme, pour ce partage , pour ce récit toujours vivant en toi, et pour cette promesse que Dieu SAIT où tu es, Il connait tes larmes, et il SAIT là où il te conduit. Cette voie, ce chemin, il le fait avec toi.

    Répondre
  • Jérôme

    Coucou les Bouchaut 😄
    On dirait que la Tine a retrouvé sa plume.
    J’en suis ravi!
    👏👏👏
    Jérôme

    Répondre
    • Tine

      Pas encore tout à fait, l’envie est là, les textes aussi… mais…

      Répondre
  • Merci pour votre merveilleux témoignage , il me rappelle à quel point nous pouvons être pris de panique et soudain tout s’éclaire.
    Je vous raconte un événement qui est récent , le 29 juin de cette année 2023 , la France vivait des menaces , la jeunesse voulait en découdre avec la police. J’habite près de Lyon , un soir vers 21h assises dans mon canapé , j’entends hurler à l’extérieur , je regarde par la fenêtre et je vois un groupe de jeunes assez important , cagoulé avec des bâtons et un autre poussant une voiture au milieu de la route , il arrose d’essence et met le feu , juste sous mes fenêtres, je réagis très vite j’appelle
    le 17 pas de réponse , les pompiers pas de réponse , je fais le numéro de la police municipale, la une personne me répond fermé vos fenêtres et restez chez vous.
    Puis je pense que sur mon étage il y a des personnes âgées qu’il me faut prévenir , 1 seule personne me répond , il était près de 22 h , j’étais désemparé je tremblais et me dit , il faut que je me calme , et je rentre chez moi . Et là je vois la vitre mouillée, un orage venait d’éclater, il pleuvait très fort les flammes se sont éteintes rapidement, et les jeunes ce sont dispersés.
    Gloire à Dieu

    Répondre
    • Tine

      Merci Cécile pour votre magnifique témoignage !
      Il est si bon de s’encourager mutuellement.
      Soyez bénie 😍

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *